Historique Artistique:
Les pages Constantinoises d'une créativité théâtrale sont
appelées à s'inscrire dans l'effort d'une réelle connaissance
historique du théâtre en Algérie. Dans les années vingt,
on peut retenir, la germination de l'idée théâtrale.Le théâtre
constantinois est, pourrait-on soutenir, un enfant des années
trente même s'il est intéressant de relever la tentative de
"Nadi Ettalabi" de Djamel Derdour , reprenant à son compte
la légende de Salah Eddine.
Dans la première moitié des années trente - qui restent aussi
dans la mémoire collective algérienne celles d'un arrimage à la civilisation
arabo-musulmane, autant au travers de l'association des oulémas dont
Constantine fut un foyer actif et influent, que d'une participation relevée au congrès de la musique arabe du Caire en
1932 -pas moins de quatre associations constantinoises inscrivent le théâtre au titre
des objectifs justifiant leur création.
C'est bien, en vérité Mouhibbi el Fen, Les amis de l'art, en place dés mai 1933, qui fera figure de pionnier en la matière.
L'existence d'une section "théâtre " dans l'organisation de l'association constitue une première ,même s'il y est moins fait référence aujourd'hui qu'à son interface musical dirigé , il est vrai,par si Brahim Ammouchi et qui comptait dans ses rang des figures comme Abdelhamid Benelbejaoui dit "Errais" Abderahmane Bencharif, Goubali dit "l'Amérique" et parmi ses jeunes apprenants quelques uns des artistes qui allaient illustrer et perpétuer les musiques citadines constantinoises comme Abdelmoumen Bentobbal , Abdelmadiid Djazzar ,Kadour Darsouni.
Dès ses premières ébauches, le théâtre constantinois avait su s'inscrire dans l'espace social, que ce soit par l'action de sensibilisation des membres de l'association Mouhibbi el Fen auprès des proches,ou par le recours à des formes modernes de communication. Quant il pouvait, Abdelhamid Benbadis n'hésitait pas à cautionner de sa présence les efforts de ce théâtre constantinois naissant.
En un peu plus d'une décennie, le théâtre s'est donc non seulement établi à Constantine mais a gagné en vitalité au sein de la communauté des Algériens dont témoignent la floraison associative, la créativité culturelle, la pugnacité d'une presse d'opinion, dont celle de El 'islah, brillamment animée par cheikh Abdelhamid Benbadis.
Le théâtre de la ville, espace par excellence de la représentation du réel, la scène du théâtre constantinois a été souvent rattrapée par la réalité des déchirements et des ambitions qu'elle avait coutume de donner à voir.
Les années 47 verront Tewfik khaznadar dans la proximité des compagnons de l'Etoile Polaire, une association très active.
Le théâtre est en effet plus que jamais présent dans l'espace constantinois et s'y consacrent alors des associations comme les Milles et une nuit, El Amal el Masrahi qui toutes confirment, si besoin était, la profonde conscience des Algériens de l'importance du langage théâtral.
La troupe de Bencheikh Lefghoun, des années durant, se fera la continuatrice de ce théâtre de proximité populaire dont la ville a finalement plus gardé le souvenir que les textes.
L'un des moments forts de cette montée en puissance d'un théâtre d'expression arabe à Constantine reste indéniablement le passage de la troupe du grand dramaturge égyptien Youssef Wahbi lors de la saison 1951/1952.
Chérif Chouaib se souvient, avec émotion, que quelques uns d'entre eux avaient même eu le privilège de faire de la figuration dans les représentations données.En vérité,le célèbre comédien égyptien avait été déjà reçu à Constantine en 1947 où il avait donné trois spectacles et avait été ,en particulier, l'invité de l'association Ettarbya oua Ett'alim où il avait été accueilli par Cheikh Bachir El Ibrahimi.
Au théâtre municipal, les prix des billets dépendaient de la notoriété des troupes qui se produisaient. D'autres salles de la ville accueillaient les spectacles, l'Université populaire, la salle de cinéma l'Alhambra et l'Hassen Bencheikh Lefgoun se rappelle même avoir vu des spectateurs suivre debout les représentations.
L'éclosion de vrais talents , particulièrement de comédiens comme Mohamed Salah Touache, Chérif Chouaib,L'hassen Bencheikh Lefghoune, Kaci ksentini, Hadj Smain qui, non seulement s'imposeront dans la durée, mais aussi ailleurs que dans leurs jardin.
Deux hommes, en particulier-Omar Benmalek et Chérif Djilani- auront l'insigne responsabilité d'être des passeurs de mémoire entre les générations, notamment après la longue et douloureuse rupture de la guerre d'indépendance, et sur la base précieuse des expériences accumulées, à assurer la continuité et l'invention renouvelée du théâtre à Constantine.